Jambes
démesurées, torses minimalistes, l'anatomie des personnages qui peuplent
les dioramas nargue les règles de la perspective. Le défi de ce procédé
caricaturiste consiste à atteindre l'harmonie dans la disproportion.
Perfectionniste, cet artiste du fragile est régulièrement en proie
au doute pendant la phase d'exécution. Armature de fer sur laquelle
il modèle d'abord une pâte, sculpture patiente de la forme puis retouche
et ajout de détails, ponçage, mise en couleur à l'acrylique, les personnages
prennent corps simultanément au cadre, réalisé à base de matériaux
récupérés. Un lion tout en courbes bondit à travers le cerceau du
dompteur tandis que s'affaire une troupe de saltimbanques, un vieillard
hindou croise une Barbarella court vêtue sur la planète Mars, derrière
un Kafka à l'expression terrible se découpent deux antennes souples
au-dessus d'une carapace chitineuse, un couple virevolte avec désinvolture
sous les spots du Tiki Bar, un chiot joueur tire sur la laisse d'un
dog-sitter robotique pendant la promenade…
Au fil des années, l'imaginaire du sculpteur fréquente différents
univers mais s'inspire surtout du passé car il y trouve la distance
nécessaire pour exagérer et caricaturer la réalité.
J.M. Anglès : "Au début, j'évoluais dans un univers baroque
avec personnages en perruque, intégrant toujours un petit détail insolite
ou décalé. Ensuite vint une période ou je m'inspirais des paravents
japonais Nambam (barbares du sud) ; c'est ainsi que les japonais appellent
les premiers occidentaux venus au Japon au XVIème siècle. Là, il y
avait une double distance: la distance des occidentaux vus par les
orientaux et la distance des siècles. J'aime bien représenter des
choses aimables au premier regard qui lors d'un examen attentif, se
révèlent un peu "noires" mais toujours enrobées de sucre. Par exemple,
j'ai fait un seigneur du XVIéme siècle se baladant dans un jardin
tenant en laisse un chien, il s'agissait en fait de deux frères siamois
collés l'un à l'autre, ayant une jambe en commun et le chien un carlin
bicéphale. Pour l'instant, je suis dans ma période "sous-culture"
pop des 60's !".
Coiffé
d'une toque d'astrakan synthétique, Jean-Marie Anglès écume les musées
et galeries parisiens. Il déplore le fossé qui sépare désormais les
artistes contemporains de leur public, et situe la disparition du
dialogue aux abords du XIVème siècle. Ses références esthétiques sont
variées, il en parle avec passion, mais il préfère les œuvres aux
artistes et n'aurait souhaiter en rencontrer aucun…
J.M. Anglès : "Je fais partie des gens qui pensent que les
artistes, en tant qu'être humain valent moins que leurs œuvres et
j'aurais peur d'être déçu ! Mes influences vont de Winsor Mc Cay (créateur
du célèbre Little Nemo) aux illustrateurs de "SIMPLISSISSIMUS", journal
paru du début du XXème siècle jusque dans les années 30. Parmi les
dessinateurs il y avait Paul Bruno, Karl Arnold, Erich Schilling et
surtout Olaf Gulbransson. Ce journal satyrique est très peu connu
en France, je peux simplement dire que nombre de ses collaborateurs
étaient également des peintres expressionnistes. Ce qui me plait dans
leur style, notamment Gulbransson, c'est leur élégance, leur économie
de moyen et l'équilibre dans le dessin des zones vides, des aplats."
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